Entretien avec Philippe Arino

Philippe Ariño, 32 ans, essayiste de l’homosexualité, catho et homo, créateur du site L’Araignée du Désert. Il vient de publier le 13 octobre 2012 L’homosexualité en vérité, aux éditions Frédéric Aimard.

(photo: Jean-Baptiste Bonavia)

Pourquoi êtes-vous contre le « mariage homo » ?

Je suis contre le « mariage pour tous » au nom de la Réalité, de la liberté et du respect des personnes homosexuelles. Elles ont un désir particulier, une identité singulière, une couleur, une originalité, un état de vie, une différence qu’il convient de reconnaître et de sauvegarder.
Il n’y a pas à leur imposer un modèle de couple père-mère-(enfant) qui n’est pas le leur, ni à leur matraquer une loi qui ne leur correspond pas, même si on la leur présente comme une superbe cadeau qu’elles sont forcées d’accepter sous peine d’être taxées d’« homophobes »,
de « honteuses » ou de « traîtres » au patriotisme LGBT (Lesbian, Gay, Bi et Trans).

Vous n’avez pas peur de vous mettre à dos tous les membres de votre communauté sexuelle en disant cela ?

Au contraire. Je suis suivi par beaucoup d’amis homosexuels, qui se rendent compte que le mariage ne correspond ni à leur désir profond, ni à leur réalité corporelle et amoureuse.
Jusqu’à une époque encore très récente, à leurs yeux, cette institution, au même titre que la fidélité et les enfants, représentait le pire des carcans bourgeois… avant qu’elle ne devienne avec le temps un symbole crucial de « l’avancée des droits homos vers l’égalité » et une projection identitaire et amoureuse flatteuse. Les personnes homosexuelles se rendent bien compte que ce podium de l’uniformité – nommé poétiquement « Égalité » – vers lequel on les dirige nie leur condition et leur originalité, et va les desservir avec le temps. Je suis loin d’être une voix minoritaire dans la communauté homo ! Trouvez-moi des couples homosexuels solides et vraiment motivés pour se marier. Vous allez galérer ! Ça ne coure pas les rues. Même dans les émissions de télé, les journalistes ont un mal fou à trouver des couples-témoins !

Pourquoi l’amour entre deux personnes de même sexe n’aurait pas droit d’être reconnu socialement ?

Il peut être reconnu et protégé socialement. C’est déjà le cas du PaCS en France. Mais pas par le mariage qui, je le rappelle, est une réalité pas seulement sentimentale et émotionnelle mais aussi biologique, sociale et aimante, qui/que structure d’une part la différence des sexes – que
le couple homosexuel n’intègre pas, à l’évidence – et d’autre part la filiation – que l’union conjugale homosexuelle ne peut pas honorer puisque, par nature, le couple homosexuel n’est pas procréatif. Alors pourquoi faire croire aux personnes homosexuelles, par une étiquette
inappropriée à leur situation, une totale fiction anthropologique et identitaire qu’elles auront du mal à porter sur la durée ? S’il vous plaît, épargnez-nous cette comédie !

L’adoption ouverte aux couples de même sexe vous pose aussi problème ?

Pour les mêmes raisons que pour le mariage. Dès qu’on s’écarte du Réel, on s’éloigne finalement des personnes, des différences et de l’Amour, paradoxalement sous couvert d’ouverture à la différence, de progrès, de solidarité, et de lutte contre les discriminations !
Un enfant, pour se connaître lui-même, se construire avec le goût des différences humaines, a besoin non seulement de grandir dans la différence des sexes, celle dont il est issu, mais aussi

que celle-ci soit couronnée par l’amour entre ses deux parents biologiques. Sinon, il vivra un gros manque existentiel, car je rappelle – et on le voit dans le cas des divorces – que lorsqu’on prive un enfant de l’amour de/dans la différence des sexes, c’est un vrai drame pour lui. Un
drame qui le poursuivra à vie !

Pourquoi dites-vous que la loi du « mariage pour tous » est homophobe ?

Mis à part une poignée de militants homosexuels prêts à jouer pendant quinze minutes à la télé leur rôle de militants agressivement fiers d’être en couple, la plupart des personnes homosexuelles que je connais ne veulent surtout pas se marier. D’autant plus si elles sont en couple durable ! Pour elles, la loi du « mariage pour tous » est un sketch grotesque où on les pousse à singer les couples hétéros. La société bisexuelle et gay friendly donne le mariage aux unions homosexuelles précisément au moment où elle n’y croit plus elle-même et qu’elle considère qu’il ne vaut rien : si ce n’est pas offrir un cadeau pourri aux personnes
homosexuelles, qu’est-ce que c’est ?

Ça fait quand même partie des promesses d’Hollande ?

Vous savez, si toutes les promesses d’un Président de la République étaient tenues ou bien justes, ça se saurait ! Regardez notre président (pas marié) : sa prédiction électorale de la baisse de la TVA, il s’est déjà assis dessus… Pourquoi ne pourrait-il donc pas revenir sur un point de son programme (le n° 31) qui fait, en plus, très peu l’unanimité dans la population française, y compris chez ceux qui avaient voté pour lui ? Un grand président est quelqu’un qui est capable à la fois de tenir avec fermeté certains de ses engagements et de revenir en arrière s’il voit que ses promesses étaient irréalistes et éloignées du bien commun. François Hollande a-t-il la carrure de reconnaître ses torts et de faire machine-arrière ? J’ose encore l’espérer, même s’il devra prendre le risque de résister à certains chantages.

Vous êtes « homo » et « catho » revendiqué. Vous n’avez pas l’impression que votre discours est très religieux, quand même ?

Si. Complètement. Et je ne vois pas pourquoi ça poserait problème. Comme mon discours est un discours de bon sens et proche du Réel, il est logique qu’il sonne « religieux », puisque l’Église catholique est précisément incarnée, au cœur de la vie des êtres humains et soucieuse de leur bonheur.

Si mes mots, sans être théologiques, vous apparaissent comme « catholiques », je le prends donc comme un compliment ! Un catholique pratiquant est ouvert sur l’extérieur, est aussi un citoyen qui porte un regard sur sa société et qui s’y engage. Que son regard soit teinté par la religion, c’est un fait qu’il serait hypocrite de nier.

Et à choisir, je préfère qu’il soit influencé par la foi que par l’individualisme et la culture matérialiste athée. Je préfère aussi que ce soit l’Église catholique qui me donne des repères y compris dans le domaine de la sexualité intime, plutôt que ce soit l’État (et surtout le nôtre,qui ne croit ni en l’amour incarné, ni au vrai mariage) qui s’occupe de mes fesses !

Vu sur le blog de P de Plunkett

Erwann Binet : l’entêtement orgueilleux et populiste appelé « engagement »

En lisant les propos du député PS de l’Isère Erwann Binet dans le Journal du Dimanche du 3 novembre 2012, j’écarquille les yeux. Déjà, quand nous étions réunis tous les deux sur le même plateau-télé de la chaîne KTO il y a un mois de cela, ce père de famille de 39 ans m’avait sidéré par son refus d’écouter les arguments construits de ses détracteurs, par son déni de réalité, et par son mépris de ceux qui tentaient de le ramener à la réalité, aux personnes dont il se disait défenseur, aux situations humaines concrètes que son discours « anti-discriminations » niait. Mais là, j’avoue qu’il a atteint des sommets dans la lâcheté et le goût de l’image.

Il va falloir expliquer à ce rapporteur officiel du projet de loi du « mariage pour tous ceux qui le désirent » que l’engagement humble au service de l’État, cela implique d’être persévérant, certes, mais pas rigide, y compris quand on s’annonce sous les auspices de la « solidarité ». Socialiste ou pas, un homme politique démocratique digne de ce nom doit accepter parfois de se contredire, de sortir de l’image, de ne pas être toujours populaire, de tenir tête aux chantages affectifs qui risquent de nous faire oublier le bien commun, et de ne pas s’entêter dans un projet de loi qui ne fait pas l’unanimité, y compris dans les rangs de gauche. Un programme électoral n’est pas une table de la Loi, un diktat, une promesse rigide qui s’impose à nous et au reste du monde. Il n’est pas un jurement sur l’honneur dans lequel on joue notre personne : c’est une ligne d’horizon qui peut être affinée, voire même qu’on doit contourner si les actes qu’elle nous fera poser seront incertains, peu réalistes, inhumains, indifférents aux plus fragiles (les enfants et les personnes homosexuelles, entre autres) et à l’ensemble de la société. Car il faut bien percevoir une chose dans les mots de Monsieur Binet : le député PS ne s’intéresse ni aux enfants en tant que PERSONNES, ni aux sujets homosexuels en tant que tels non plus. Il ne les aime que sous forme de « droits LGBT », de « preuves de progrès », de « certificats de valeurs éducatives et d’amour », de « rôles sociaux », de « signes latents que le gouvernement tient ses promesses électorales », d’« arguments politiques », de « labels Solidarité et Émotivité », bref, de « preuves d’engagement ». Le Peuple réel et souverain, concrètement, il n’en a rien à cirer. D’ailleurs, sur les plateaux-télé et dans les articles de journaux dans lesquels il est interviewé, Erwann Binet ne nous parle pas des enfants ni des personnes homosexuelles : il reste dans l’émotionnel, la bonne intention, la victimisation et l’agressivité policée. Son but est de défendre son idée de « progrès » et d’« engagement », tout en méprisant les générations (ceux qui ne pensent pas comme lui, il laisse poliment entendre que ce sont des vieux cons : « La société bouge, les Français évoluent avec elle. Le clivage est surtout générationnel. »). Cela s’appelle diviser pour mieux régner (« Même les catholiques sont très partagés. » embraye-t-il).

Erwann Binet parle au nom d’un « tous » indéterminé, au nom d’un Peuple français qu’il n’écoute pas (car s’il l’écoutait vraiment, il tiendrait compte de sa diversité, il entendrait sa contestation croissante du projet de loi sur le mariage pour tous) : « Une majorité de Français est favorable au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe. » ; « Le texte qui est proposé aujourd’hui à l’Assemblée nationale et au Sénat est attendu par une majorité de Français. » Il reprend les bonnes vieilles méthodes traditionnelles du dictateur ou du censeur : il fait semblant d’écouter pour ensuite n’en faire qu’à sa tête, il se prend pour le Peuple (en toute bonne foi, générosité et « désintérêt » affiché, en plus !) et essaie de faire croire que tout le monde pense comme lui, pour finalement imposer son propre point de vue, un point de vue individualiste et particulariste que seule sa petite cour gay friendly – très bisexuelle et désenchantée de l’Amour et du mariage – applaudit : « C’est un texte qui a une dimension très personnel, intime même. » (Égocentrique et intentionnellement universelle, je dirais même…). Au lieu d’asséner franchement ses ordres, il les applique en douce, avec le sourire socialiste du « Cause toujours, tu m’intéresses ». En deux mots : Redoutable et despotique.

Au fond, sa seule motivation pour faire appliquer la loi du « mariage pour tous » obéit à un poncif intime qu’il impose à toute la France : celui de ne jamais se contredire et trahir ses promesses. Le poncif du paraître, en quelque sorte. « Il faut respecter les engagements pris devant les électeurs. » conclut Erwann Binet. Il ne développe pas pourquoi il faudrait absolument respecter les engagements, car en réalité, mis à part pour des questions d’image et d’égo personnel, il serait bien en peine de répondre. Et j’aurais envie de lui dire : Qu’est-ce qui, mis à part l’orgueil mal-placé et la soif de pouvoir, vous fait dire que tous les engagements humains doivent être tenus, et seraient irréprochables et justes en soi ? L’entêtement, appelé démagogiquement « engagement », n’a jamais été un dieu, un fétiche sacré qu’on brandit pour blanchir et innocenter toutes nos actions et pensées. Les êtres humains, on le voit bien au cours de l’Histoire, ne sont entêtés pour des belles causes, mais parfois aussi pour des Eldorado d’une violence inouïe, pour des chimères bien destructrices. Le jusque-boutisme de principe n’a jamais été une réussite et un gage de justice. Il n’y a pas de dictature humaine qui ne se soit pas avancée et imposée sous la bannière du « progrès », du « changement », de la « promesse », de l’« engagement » et de la « liberté ».

Amis gouvernants socialistes, vous est-il possible, de sortir des mots-slogans et des bonnes intentions pour appliquer l’Amour en conformité avec les réalités singulières des personnes ?

Philippe Ariño

Les retombées homophobes de la loi du « mariage pour tous »

Les Français sont-ils devenus sourds et ont-ils perdu leur libre arbitre ? Pro ou anti « mariage pour tous », pour l’instant, pas un camp pour rattraper l’autre ! Nous avons un mal fou à comprendre que le projet de loi qui arrive en grande pompe dans notre pays n’est absolument pas porté par un « lobby gay », n’émane pas du tout « des » homos, mais que c’est plutôt l’ensemble de la société libertaire, hyper-libérale et bisexuelle – dont nous sommes tous héritiers et acteurs – qui veut faire porter le chapeau de sa conception à la fois sucrée et totalement désincarnée, désenchantée, matérialiste et désunie de l’Amour, aux personnes homosexuelles réelles. Cette société bobo, chantant un « amour libre » ouvert à tout type de sentiments (oublie-t-elle que la haine est aussi un sentiment ? ou bien que les sentiments sont l’autre nom donné aux pulsions par l’Homme qui a quitté le Réel ?) va se retourner contre elles une fois qu’elle leur aura donnée ce qu’elles n’ont jamais demandé. Quand prendrons-nous conscience que la communauté homosexuelle ne profitera absolument pas de ce changement sociétal mais qu’au contraire il le lui sera imputé, et que la note risque d’être salée ? Ce n’est pas moi qui l’invente. Toute loi universelle particulariste, inutile ou inadaptée à la réalité des personnes qu’elle est censée servir, s’est révélée historiquement catastrophique pour elles.
Pensons par exemple aux mouvements féministes, qui ont contribué encore plus à transformer les femmes en objets.

Dans les débats sur le modification du mariage, nos politiciens ne se focalisent que sur les rares couples homosexuels qui sont prêts à jouer temporairement le rôle de « sincères utiles » qui les confirmeront dans leurs promesses électorales démagogiques. Ce que sont vraiment les personnes homosexuelles, ce qu’elles vivent en couple, leur difficulté à trouver l’amour, les drames sociaux dont leur orientation homosexuelle est le reflet, nos gouvernants s’en contrefichent. Eux, ils aiment la personne homo sous forme de « droit » ou de « contrat » ou de faire-valoir politique. Non en tant que PERSONNES. La société gay friendly veut le bien des personnes homosexuelles sans le faire. C’est bien là tout le paradoxe de ces lois bien intentionnées !

Mais réveillons-nous ! Tout autant que les enfants, voire peut-être plus, la loi du « mariage pour tous », si elle est appliquée, portera un lourd préjudice aux personnes homosexuelles, même si la plupart d’entre elles ne s’en rend pas encore compte car elles se laissent flatter, infantiliser et applaudir pour un temps comme les reines du carnaval télévisuel… sans deviner l’immolation qui attend leur char. En effet : non seulement nos législateurs socialistes ne reconnaissent pas le désir homosexuel comme spécifique (la loi ne s’appelle pas « le mariage homosexuel » ou « le mariage pour les couples homosexuels », rappelons-le) mais ils placent le désir individuel (individualiste, au fond) comme unique critère de Vérité et d’Amour : il s’agit bien d’offrir le titre de « mariage » à TOUS CEUX QUI LE DÉSIRENT. Or, d’aucuns savent que si tous les désirs individuels priment sur le bien commun et le Réel du moment qu’ils se présentent comme « sincères » et « progressistes », c’est le début d’une belle anarchie de réclamations, d’une inflation ingérable des fantasmes. Et même les désirs homophobes auront dans ce cas-là droit de cité ! Logique ! N’oublions pas que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

Le projet de loi sur le « mariage pour tous », qui dans un premier temps n’impactera la réalité de l’Amour et de la filiation que symboliquement et minoritairement (c’est pour cela qu’il a l’air banal et qu’il ne semble pas mérité, à première vue, de fortes oppositions), est avant tout une négation de l’existence humaine dans sa globalité (surtout en ce qui concerne sa  conception et son incarnation ; la différence des sexes étant la condition sine qua non de cette existence, que l’union entre deux personnes de même sexe à l’évidence ne remplit pas et éjecte). Mais plus gravement et invisiblement – car il prend l’apparence d’un bien –, il constitue une négation de la singularité des personnes homosexuelles, une négation de la spécificité de leurs unions, une négation de la fragilité de leur état de vie, une négation du désir homosexuel (qui n’est absolument pas analysé), bien avant de s’étendre à l’ensemble de la société et des enfants. Non seulement le « mariage pour tous » n’accueille pas concrètement les personnes homosexuelles – il ne les accepte que si elles sont prêtes à jouer pendant cinq minutes d’antenne télévisuelle le rôle de militants qu’on attend d’elles – mais en plus, il vient leur prendre le micro de la bouche, parler à leur place, car sur le terrain, une extrême minorité de couples homosexuels souhaite se marier. Les plus solides parmi eux sont justement ceux qui ne veulent pas du mariage ! C’est dire si ce « mariage pour tous » ne dit pas l’authenticité des unions homosexuelles, mais au contraire vient prouver/accentuer leur vanité !

Les menaces qui pèsent sur les personnes homosexuelles ne sont pas des vues de l’esprit.

À travers ce projet de loi, on constate en premier lieu que les personnes homosexuelles ne sont pas soutenues par ceux qui se présentent comme leurs défenseurs et leurs justiciers. Soit ils intercèdent pour elles avec une agressivité suspecte et inefficace, soit ils les exaucent dans leur soi-disant souhait d’« égalité de droits » par mollesse, dans un relativisme d’indifférence : « Après tout, s’ils s’aiment… Moi, ça ne me dérange pas qu’ils se marient. Ils ne feront pas pire que les couples hétéros, de toutes façons. » Mais quel mépris, quelle condescendance, quand on y pense, dans cette adhésion distante, ces jolies formules apprises et publicitaires sans fond ! Les sujets homosexuels sont les poubelles de table, les cautions morales de la société bisexuelle qui ne croit plus en l’Amour et qui leur donne le mariage précisément au moment où elle le dévalue le plus et où il ne veut plus rien dire pour elle. Elle ne se préoccupe pas d’eux : d’ailleurs, la loi qui risque de passer n’est même pas un mariage « pour les personnes homosexuelles » mais un mariage pour un « tous » anonyme, lisse, inconsistant, uniformisant, qui ne reconnaît pas la singularité et les inégalités de fait/ d’identités entre les individus qu’elle prétend télévisuellement accueillir à bras ouverts. C’est une législation d’indifférence et d’indifférenciation complètement déshumanisée et asexuée. Comment peut-on trouver ça beau et défendable ?

De plus, si la loi est promulguée, les législateurs français mettront les personnes homosexuelles dans une position très inconfortable d’« époux » et de « parents » (sans parler du bordel sans nom que sera la « co-parentalité » à rallonge en cas de divorce !), époux et parents qu’elles ne sont pas et qu’elles ne seront jamais en couple homo, non parce que la société le leur interdirait, mais parce que leur corps et leur amour ne peuvent objectivement pas les porter, et aussi parce que les réalités humaines de la conjugalité, de l’adoption, et de la filiation, ne tiennent pas à coup de bonnes intentions, ne sont pas uniquement affaire de sentiments ou d’éducation : elles concernent la Réalité anatomique et symbolique de l’être humain dans sa globalité ! N’oublions pas que par nature, le couple homosexuel n’est pas procréatif, et que concrètement, les couples homos réels sont dans leur grande majorité compliqués, usants, insatisfaisants, parfois même violents, en tous cas fragiles (et qu’on le veuille ou non, plus fragiles que beaucoup de couples femme-homme aimants : vous lirez mon livre L’homosexualité en vérité et les passages sur l’infidélité et le manque d’incarnation des unions homosexuelles si vous en doutez encore). Qui ose reconnaître les limites objectives de la structure conjugale homosexuelle, à part les couples homos les plus stables ? Quand je dis qu’à travers une loi pareille, la société fera porter aux personnes homosexuelles des réalités conjugales et filiatives qui sont trop lourdes pour leurs épaules, je pense non  seulement à la complexité du mariage (qui a dit que le mariage et les devoirs d’époux étaient faciles à tenir ?), à la complexité de l’adoption (rares sont les procédures d’adoption, puis les cas d’adoption réussis et simples, qu’on se le dise !), mais aussi aux risques réels de l’agencement de ces deux réalités « mariage + filiation » (infidélité, lourdeurs de l’union homosexuelle amplifiées par la paperasse et le matériel, enfants rebelles, complexité du partage de la garde de l’enfant en cas de divorce, ambiguïté de la co-parentalité, micmac de l’éducation d’enfant dont on prive des vraies origines, etc.). Pourquoi chercher à mentir aux personnes homosexuelles ?

Comme l’étiquetage « mariage » ne correspond pas à la réalité existentielle, conjugale et sociale des unions homosexuelles, il risque en plus, à long terme, d’être à la fois totalement banalisé, mais (pire encore) réclamé et retiré sous forme de dette aux personnes homosexuelles, dans un élan social d’homophobie qui va surprendre tout le monde, y compris les « friendly » (qui leur avaient fait jadis des courbettes) et les militants LGBT qui se verront cracher sur leurs jouets cassés et sur les membres de leur communauté qu’ils n’assument déjà pas du tout (la plupart d’entre eux se disent « hors milieu » et anti-communauté homosexuelle). Le monde découvrira les atteintes à la dignité humaine, aux vrais pauvres, aux enfants, à la société, aux personnes homosexuelles elles-mêmes, que des mythologies identitaristes et amoureuses (telles que le coming out, le « couple » homosexuel) et que des lois carnavalesques et irréalistes (telles que le mariage ou l’adoption) ont poussé les individus homos à commettre. Et le retour de boomerang homophobe ne se fera pas longtemps attendre ! Les personnes homosexuelles seront, comme au bon vieux temps du Berlin homosexuel des années 1930-1940, jetées en pâture à la vindicte populaire. On les suspectera d’opportunisme, d’arrivisme, d’avoir joué les victimes pour satisfaire des caprices qui ne rendent pas service à la société (parce qu’il y a quand même un monde entre la « discrimination » de se voir refuser un « droit à se marier » irréaliste et les discriminations sociales concrètes engendrées par la crise économique, par exemple !). Les communautés culturelles étrangères présentes en France, très centrées sur la perpétuation des générations, et culturellement pas du tout sensibles aux sentiments dans la composition des couples, verront d’un très mauvais œil l’impasse généalogique du couple homosexuel, le non-accomplissement de sa dette humaine sociale : certaines sont du genre à traîner la communauté homosexuelle en procès de Crime contre l’Humanité, contre la Nature et même contre Dieu ! Pour elles, l’union homosexuelle est un « individualisme à deux » qui joue le jeu des riches, des impies, de la débauche, des divorces, de la prostitution, de la société matérialiste, des dictatures humaines idolâtres à éradiquer.

L’homophobie qui s’abattra comme une foudre sur la communauté homosexuelle n’arrivera évidemment pas que de l’extérieur. Elle viendra précisément de l’intérieur, comme c’est déjà le cas actuellement dans le panier de crabes qu’est la communauté LGBT internationale. Leurs ex-amants traiteront les personnes homosexuelles de tous les noms, les maudiront, les ignoreront. Et le cortège d’agneaux carnivores bêlants (devenus adultes !) frappera violemment à la porte du Centre LGBT le plus proche pour se plaindre de l’irréalité de l’amour homosexuel, de la supercherie de l’homoparentalité (qui ne sera jamais une parenté), des nombreux manquements à l’Amour des personnes homosexuelles (viols, incestes, pédophilie, agressions homophobes entre personnes homosexuelles, suicides, prostitution, corruption, tourisme sexuel, marchandage des corps, mutilations chirurgicales, dictature et censure politiques, etc. : je renvoie les sceptiques ou les outrés à mon Dictionnaire des Codes homosexuels sur le site www.araigneedudesert.fr). « Vous nous avez trompés sur l’Amour, sur l’identité humaine, sur l’homophobie, sur la victimisation ! Ne vous plaignez pas, engeances d’hypocrites ! » vocifèrera la communauté hétérosexuelle. « Ne vous qualifiez plus  d’homosexuels ! Vous êtes comme nous : des amoureux indifférenciés, et même pas sexuels ! Vos gueules ! Ne rentrez pas dans le ghetto communautariste marchand gay ! » s’insurgera la société bisexuelle queer secrètement homophobe. « Vous m’avez menti sur la réalité de ma conception. Vous m’avez privé de la Réalité, de mon père, de ma mère, de l’amour dans la différence des sexes ! » incriminera l’enfant né dans un couple de même sexe. « Vous m’avez exploitée et volé mon bébé ! » dira la mère-porteuse qui, quelques années auparavant, avait pourtant accepté bon gré mal gré le chèque donné par le couple homosexuel pour entamer une GPA. « Vous m’avez utilisé et violé ! » s’exclamera le prostitué. « Vous avez détruit mon couple et ma famille ! » menacera le père de famille bisexuel. « Tu ne m’as jamais vraiment aimé tel que je suis ! » hurlera l’amant vexé et vengeur. Oui, le désir homosexuel pratiqué et banalisé par une civilisation en perte de repères n’engendre pas de petites frustrations ni de guerres mineures ! C’est un ouragan. Tenons-nous-le pour dit !

Nous devons donc protéger les personnes homosexuelles de cette loi inique et inadmissible du « mariage pour tous » qui rentre dans ce grand mouvement soixante-huitard de justification de la pratique homosexuelle (tout comme l’avait fait auparavant la propagande pro-coming- out, anti-Sida, pro-PaCS, etc.). Sans dramatisme, sans jouer les prophètes de malheur, mais avec fermeté et lucidité sur ses conséquences homophobes logiques. En ayant conscience que ce sont les sujets homosexuels les véritables individus menacés par elle.

À l’approche des manifestations françaises contre le projet de loi du « mariage pour tous » (la manif régionale du 17 novembre 2012, la manif nationale de janvier 2013), il nous faut réfléchir sur l’esprit de notre opposition, et sortir d’un conflit « hétéros VS homos », « anti-mariage VS pro-mariage », « fachos VS progressistes » pré-orchestré par une minorité de militants homosexuels et une majorité de médias malveillants qui cherchent à court-circuiter les débats et à imposer leur censure. Que les choses soient claires : nous devons défiler, il me semble, POUR les personnes homosexuelles, et non pas CONTRE elles. C’est mon principal appel et leitmotiv, en tant que personne homosexuelle déclarée.

Ne nous fions pas au discours paranoïaque « anti-lobby gay » de certains groupuscules familialistes pro-life et pseudo « cathos » (qui ne sont pas cathos du tout, en réalité : Civitas, si tu nous regardes…). Arrêtons avec ça. Les personnes homosexuelles ne sont pas les instigateurs de la loi sur le mariage inconditionnel, ni au fond ses bénéficiaires, ni des capricieux, ni des méchants, ni des destructeurs volontaires de la famille et du mariage, ni celles qui tirent souterrainement les ficelles de la propagande médiatique pour l’« ouverture » du mariage. Elles sont utilisées comme moyens de persuasion sentimentalo-électoralistes, tout au plus, et dans quelques années, sous la pression d’autres nations et civilisations beaucoup moins laxistes et « démocratiques » que la nôtre, les mêmes hommes de loi qui leur auront donné des bagues, confectionné leur tulle, lancé du riz, signé des faux diplômes et confié des enfants, les ignoreront, les mépriseront, retourneront leur veste, déchireront les preuves gênantes de leur collaboration gay friendly aux mythologies identitaires-amoureuses-filiatives bisexuelles sur l’Amour portées par leurs petits protégés homosexuels.

Suis-je un oiseau de mauvais augure, qui entrevoit dans cette loi du « mariage pour tous » un péril homophobe démesuré uniquement parce qu’il le rêverait, par homophobie inconsciente ? Tout le laisse croire puisque je suis l’une des rares personnes homosexuelles à crier haut et fort au risque de naufrage alors que la communauté homosexuelle va objectivement droit vers l’iceberg qui le coulera si elle ne réagit pas maintenant. Et pourtant, les risques que je soulève sont réels et imminents ! Ils n’ont rien d’une prophétie paranoïaque. Je ne suis pas en train de rêver le malheur des personnes homosexuelles, de sombrer dans un catastrophisme déplacé,  ou d’attiser un feu allumé davantage par mon alarmisme que par le réel. Seulement voilà, je ne peux pas ignorer les conclusions qui s’imposent sur les actes homophobes violents qui ont lieu partout dans le monde, et en particulier dans des pays gay friendly où on ne les attendait absolument pas. Les bars gay incendiés récemment par des islamistes à Rotterdam, ce n’est malheureusement pas du mythe : ça se passe aujourd’hui ! Je ne peux pas non plus garder pour moi les découvertes que j’ai faites sur les mécanismes paradoxaux de l’homophobie, et sur les crimes homophobes, si rarement analysés et problématisés.

Donc par pitié, au nom de mes frères homosexuels, dont beaucoup sont aveugles et ne voient pas le cadeau empoisonné qui leur est fait, protégez-nous de cette loi ! Nous en serons les premières victimes (consentantes) !

Philippe Ariño

Le Kissing lesbien contre le Happening marseillais de VITA ou l’imposture bobo bisexuelle

Non non, vous ne vous trompez pas : on nage en pleine gaminerie. Sauf que maintenant, c’est sincère et agressif, ça se veut drôle, décomplexé, révolutionnaire, et que les gamins sont joués par des « adultes ».

Depuis hier (23 octobre 2012), une photo circule à fond de train sur les réseaux sociaux.

 Celle du « Baiser lesbien lors du Happening marseillais anti-mariage-pour-tous » organisé par l’Alliance VITA. Alors qu’elle est pourtant tout autant scénarisée et fabriquée que le « Baiser de l’Hôtel de Ville » de Robert Doisneau (désolé pour ceux qui croyaient encore au romantisme, à l’authenticité et à la spontanéité du fameux cliché…), elle sert d’étendard
soi-disant victorieux, touchant, sans parole, instantané, qui vaudrait tous les discours face à la « Bête homophobe » anti-égalité-des-droits et anti-mariage. Elle imposerait le silence et le respect par sa provocation « mignonne », son impact médiatique « simple » et néanmoins
percutant, sa fraicheur juvénile. Belle illustration inconsciente de l’idolâtrie médiatique qui a capturé depuis bien longtemps le cœur et le cerveau lobotomisé des militants pro-mariage et de leurs suiveurs sociaux bisexuels/gay friendly…

Je dis « lobotomisé » car ceux qui défendent la beauté et le caractère « ultra-subversif » de cette photo ne veulent pas l’analyser, parce qu’elle montrerait au grand jour leur naïveté, leur arrivisme adolescent, leur orgueil mal placé de militants-moutons (si politiquement corrects dans leur démarche anti-politiquement correcte !). À bien y regarder, cette image encensée par un certain nombre d’adolescents attardés homosexuels – et il est vrai que ça compose le gros des troupes LGBT ! – donne pourtant toutes les preuves qu’elle est une mascarade, une image mensongère de l’Amour. D’ailleurs, les deux filles qui ont posé pour ce kissing « improvisé » ne sont pas réellement en couple. Elles l’ont avoué elles-mêmes à la revue « Têtu » aujourd’hui. C’était une union de circonstance, un défi entre potes (Chiche, on le fait ! « Allez, on se met en plein milieu et on s’embrasse devant tout le monde! » a dit Auriane, 19 ans, à sa camarade Julia, 17 ans, juste avant de se lancer devant les photographes), un couple de l’instant (dans le sens du paraître, de l’artifice, d’« instantané photographique »), fabriqué de toutes pièces par un exhibitionnisme opportuniste et par une rébellion bon marché (deux étudiantes, très féminines, pas du tout marquées lesbiennes, se revendiquant « hétérosexuelles », venues à l’improviste perturber l’happening pour « rire tout en s’engageant », ça ne mange pas de pain !). Il n’en fallait pas moins pour flatter le militantisme pro-mariage en manque d’arguments dans les débats sur le projet de loi, et pour satisfaire les provocations adolescentes dont la plupart des mass media raffolent, tout soucieux qu’ils sont de choquer-pour-choquer plus que de défendre un Amour réel (étant donné que l’Amour vrai, même entre un homme et une femme, ne s’afficherait surtout pas comme ça pour défendre une cause, aussi juste soit-elle).

Le plus fascinant, c’est que la « photo-événement » porte en elle les marques objectives de sa propre vanité, superficialité, prétention et violence (eh bien oui : les pastiches d’amour, même rigolos, peuvent être violents !) :

1 – Concrètement, ce n’est pas l’homosexualité qui y est défendue (quelle naïveté des communautaires homosexuels que de croire le contraire !) mais une bisexualité adolescente, une immaturité sexuelle, un goût du scandale facile. Pussy Riot le Retour. Ou un peu comme les deux chanteuses russes du groupe Tatu, qui simulaient l’amour lesbien sulfureux dans leurs clips, et qui finalement se sont révélées lesbiennes juste le temps de la photo et pour vendre des disques. Bref, le couple lesbien trafiqué, mais dans sa version bobo complètement fade et indéterminée (cf. Clotilde, le personnage d’étudiante décervelée joué par l’humoriste Florence Floresti).


[F. Foresti] Clotilde – La campagne de pub gay par patroklis

2 – Ce n’est pas l’amour homosexuel qui est défendu, mais une pulsion du moment, certes enveloppées de bonnes intentions (sensuelles, ultra-politisées, voire même humoristiques puisqu’une des deux Lolita bobos esquisse un sourire de complaisance en provoquant ceux qu’elles définissent intérieurement comme des «vieux cons homophobes»). En aucun cas nous avons affaire à une démarche libre et aimante. Paradoxal, surtout venant de ceux qui chantent « l’amour » à tue-tête…

3 – Ce n’est pas la liberté humaine qui est défendue ni un amour concret des différences qui est montré, étant donné que les deux filles ressemblent à des jumelles (même look, même sac à main, même coiffure, même visage à l’écran), qu’elles illustrent un rejet de la différence (non seulement des sexes, mais aussi de la différence des générations – le conflit générationnel est criant sur ce cliché – et des espaces – pudeur et interdits, out !), qu’elles rejouent en actes la violence de l’excès de similitudes, qu’elles sont le reflet de la société de consommation la plus banalisée et asservissante qui soit (cf. la cannette de Schweppes à la main).

4 – Enfin, ce geste du baiser est plus violent qu’il n’y paraît car il n’est pas un appel au dialogue avec les personnes auxquelles il s’oppose. Les filles, en s’embrassant à pleine bouche, se clouent le bec pour mieux clouer le bec aux autres, et mimer sur elles-mêmes la douce tyrannie de censure qu’elles leur imposent. C’est le baiser = scotch sur la bouche. Et si vous regardez bien, dans les articles de Têtu ou d’autres blogs exposant avec fierté leurs nouvelles égéries hétéros-friendly, il y a très peu de lignes de commentaires ou d’analyse.
Ceux qui la récupèrent affichent leur propre absence de pensée, de compréhension, ainsi que leur refus du dialogue.

Ça fait beaucoup de pièces à conviction à la décharge de cette photo, je trouve ! Incroyable retour du refoulé. Suprême contradiction des intentions. Ce baiser, en apparence beau, victorieux, et anodin (« Arrête ! Ça n’est rien, un p’tit kissou ! C’est mimi ! C’est culoté ! » me dira-t-on) ne fait que symboliser la superficialité, la prétention et l’homophobie de l’acte homosexuel en lui-même. Celui-ci, de par son éloignement du Réel et son expulsion de Son roc principal qu’est la différence des sexes (une différence qui concerne l’existence de toute l’Humanité), fait violence, et ce, universellement, car elle contredit la présence de n’importe quel être humain. Il est donc juste, non qu’il suscite l’offuscation et les réactions d’indignation excessives, mais qu’il fasse universellement violence, qu’il gêne. Depuis quelques années, j’ai vu bien des enfants, purs et sans préjugés homophobes dans la tête, très mal réagir à la vue d’un couple homosexuel qui s’embrassait – même sobrement – devant eux.

C’est bien que l’expulsion de la différence des sexes, expulsion que le couple homosexuel actualise dès qu’il se forme, n’est pas anodine et dénuée de brutalité. Là, je me place au-delà du débat manichéen sur le permis et le défendu, et pas sur le terrain de la simple accusation
d’« exhibitionnisme » et des questions d’affichage « impudique » des gestes d’amour. Je parle au contraire de l’impossible forcé artificiellement à devenir concret par le possible de l’instant. J’évoque d’une part la violence des actes homosexuels, la violence des intentions sincérisées de ces mêmes actes, et d’autre part l’importance vitale de la différence des sexes pour l’incarnation de tout amour humain. Pour le coup, l’indignation que ce baiser lesbien marseillais a suscité hier me semble justifiée par la déshumanisation et le manque de liberté que le désir homosexuel crée et nourrit quand il s’actualise sous forme de gestes amoureux et sous forme de couple. Publics ou pas, visibles ou pas, là n’est pas d’abord la question. Le problème n’est pas dans l’existence du désir homosexuel, mais dans sa pratique, bien avant
d’être aussi dans la visibilité de cette pratique.

C’est pour cette raison que j’aime et comprends l’offuscation des quelques mamies (pardon… « femmes d’un âge avancé ») que l’on voit en arrière-plan… même si je lui préfère de loin la réaction amusée et indifférente de la jeune femme qui se trouve devant et qui ferme les yeux tout en considérant la scène avec l’importance et la retenue qu’elle mérite. Oui, au final, je crois que l’acte « subversif » posé par ces deux femmes-enfants irréfléchies et pleines de bonnes/mauvaises intentions scandalisent plus les personnes pro-mariage que les personnes anti-mariage. Ce qui choque les secondes, c’est certainement la « prétention à offusquer » des premières. Alors que franchement, elles en ont certainement vu d’autres, et des bien pires !

L’instrumentalisation instantanée et fiévreuse de cette photo par la communauté homosexuelle est finalement le triomphe de la connerie conquérante de la société bisexuelle, gay friendly, et pas d’abord homosexuelle. Que ceux qui, parmi les personnes homos, ont encore échappé au lavage de cerveau social dont elles sont les joujoux, à la bien-pensance anti-conformiste, et qui ont encore des oreilles à l’écoute, entendent. Les autres, restez bien confortablement dans votre frétillante « indignation face à l’indignation » : c’est une attitude narcissique, donc logiquement, ça devrait vous plaire !

Philippe Ariño

Pour Michela Marzano

Décidément, on retombe toujours dans les mêmes impasses. La première impasse, dans cette affaire du mariage gay, c’est la mise en équivalence de ce qu’on appelle l’homosexuel et de ce qu’on appelle l’hétérosexuel, comme si désormais toute la vie sociale était commandée par cette distinction qui serait devenue la seule structurante. C’est une erreur totale. L’homosexuel est une invention récente dans l’histoire des mentalités aurait dit Michel Foucault. On a inventé l’hétérosexuel pour être son répondant, son anti-thèse, de telle sorte que désormais la société soit libérée de la seule différence significative, qui est celle qui sépare et réunit l’homme à la femme. Et on fait semblant de mettre sur le même pied le couple homosexuel et le couple hétérosexuel. Cette pure imposture s’auto-célèbre dans le déni de la réalité des relations homosexuelles.

Ceux qui refusent de tenir compte de cette particularité se cachent les yeux. S’il est vrai que des homosexuels peuvent faire preuve de générosité, en se mettant au service d’enfants pour lesquels ils éprouvent une réelle affection, il n’est pas vrai que le couple homosexuel dispose des ressources équivalentes aux couples hommes-femmes pour permettre la maturation psychologique nécessaire et le travail d’identification en quoi consiste le processus d’affirmation de soi. J’y pensais l’autre jour en lisant un article de la philosophe Michela Marzano, que j’apprécie par ailleurs. Elle entend justifier à toute fin et la mariage homosexuel et l’adoption par le couple du même sexe, mais toujours à partir du déni obstiné de la seule différence significative, fondatrice et humanisante.

Gérard Leclerc

Égalia

Vous avez entendu parler d’Égalia, vous ? Non ? C’est que vous n’êtes pas encore assez branché, car Égalia, c’est, paraît-il, l’extrême pointe de l’éducation moderne, post-moderne, hyper-moderne, comme vous voudrez. Ça se trouve en Suède et c’est destiné aux gosses de un à six ans, à qui on veut faire goûter les joies d’une formation disons transgenre. À Égalia, les copains et les copines ses sont simplement des amis. Garçons et filles, on ne connaît pas. Il est interdit de dire Il ou Elle et le recours aux contes de fées est proscrit. Pensez-donc des histoires de bergères qui rêvent d’épouser des princes ! Sus aux archaïsmes ! On raconte d’autres histoires aux gosses, où il est question de familles dont les parents jouent à la fois le rôle de père et de mère puisqu’ils sont forcément homosexuels.

La perfection des perfections ! Oui, mais moi ça ne me fait pas rire du tout, car c’est tout simplement du totalitarisme soft. Ces pauvres gosses on les fait rentrer dans des cadres a priori, rigides, idéologiques, au mépris de ce qu’ils sont et surtout de la patiente construction de soi-même en quoi consiste l’appropriation de son identité. Est-ce là le monde qu’on nous prépare ? En ce cas, c’est l’insurrection générale qu’il faut préparer contre ce que Gunther Anders aurait appelé l’abolition de l’homme.

Gérard Leclerc

De quelle homophobie parle-t-on au juste ?

Dans les discussions actuelles sur les « droits des homos », visiblement, nos dirigeants politiques « gay friendly » et nous, ne combattons pas le même ennemi… Nous l’appelons pourtant pareil – l’homophobie – mais nous ne nous référons pas aux mêmes actes, réalités, et personnes. Alors je leur poserais volontiers dans ce court billet ces quelques questions de bon sens :

À quoi sert de parler d’homophobie si on ne l’analyse pas et si on ne dit pas explicitement les actes réels que ce mot-épouvantail recouvre, à savoir le viol ? (cf. je vous renvoie aux chiffres et à mon témoignage dans mon livre L’homosexualité en vérité, récemment paru) Comment en parler avec justesse si on la transforme en étiquette diabolique qui ne doit être collée que sur le front des personnes non-homosexuelles et non-gay friendly (… alors même qu’on constate dans les faits que les pires ennemis des personnes homosexuelles, ce sont elles-mêmes ainsi que ceux qui leur veulent a priori du bien sans chercher à les comprendre) ? À quoi bon dénoncer les actes homophobes si on nie les souffrances réelles des gens victimes d’homophobie/de viol, qu’on utilise leur drame intime comme effet visuel publicitaire pour choquer, déproblématiser les crimes sexuels. Comme si la victime d’homophobie ne pouvait pas changer de camp ! comme si l’agresseur n’avait jamais été victime de viol/d’homophobie par le passé, alors que c’est justement le contraire qui se produit ! Défendre des utopies identitaires et amoureuses – le coming out, le couple homosexuel, l’amour bisexuel asexué universel et « pas nécessairement homosexuel » – qui jouent précisément le jeu de l’homophobie ordinaire, puisque l’individu véritablement homophobe en actes est toujours homosexuel refoulé et/ou assumé ? Quel sens cela a de s’attaquer à l’homophobie si on traite systématiquement d’« homophobes » ceux qui osent faire lumière sur ce qui se cache derrière les faits divers télévisuels scabreux homosexualisés et les intentions « explicites » des agresseurs – ou même des victimes, dans le cas des suicides- qui osent faire, à juste titre, un lien non-causal entre homophobie et viol, ou entre viol et homosexualité ? Parce que ce lien existe véritablement !  Quel sens cela a de s’attaquer à l’homophobie si on traite systématiquement d’« homophobes » ceux qui défendent concrètement les personnes homosexuelles ? À quoi sert de mener une chasse aux sorcières « homophobes » à échelle mondiale, si on détourne le terme « homophobie » en matraque idéologique pour s’innocenter/se glorifier soi-même auprès des faibles – dont on nie les situations concrètes – et diaboliser – paradoxalement, avec la même violence qu’on leur attribue – toutes les personnes qui ne sont pas d’accord avec notre système manichéen de pensée. Ce système se résume aussi bêtement que cela : les homos = les gentils ; et les hétéros/les tièdes/les contradicteurs = les méchants. Comment peut-on combattre efficacement l’homophobie si on remplace la lutte contre le viol – une violence toujours universalisable, qui n’appartient pas qu’à la seule communauté LGBT- et contre les discriminations réelles dont pâtissent souvent les personnes homosexuelles (le viol, l’inceste, la dictature familiale ou scolaire, l’isolement amical, social et professionnel, la complexité des amours homosexuelles, la cruauté inouïe des relations entre individus homosexuels, le vol, la prostitution, la consommation des corps) par la lutte contre des petites discriminations, de surcroît souvent justifiées  par les limites du Réel, le scepticisme social vis à vis de l’authenticité de l’identité homosexuelle et de la force de l’amour homo, les résistances à la traque paranoïaque à « l’homophobe » et à la boulimie de droits attribués à la communauté homosexuelle, les critiques des comportements aberrants observables dans le « milieu », le refus de la demande de « mariage pour tous » et de la banalisation de la « famille homoparentale » en tant que modèle universel possible, etc.) ? Notre véritable ennemi doit être l’homophobie EN ACTES. Pas l’homophobie en personne(s), en intentions, en présomption et en images fantasmées.

Philippe Ariño

Fluidité du genre

Serge Hefez vient de publier un essai intitulé « Le nouvel ordre sexuel » où il explique que nous assistons à un décloisonnement des sexes. Interrogé par Madame Figaro, il précise : « Jusque ici la manière d’être femme ou d’être homme était prescrite de manière rigide en fonction de leurs attributs sexuels qui déterminent la place des uns et des autres dans la société. La nature a établi cet état de fait, l’Église l’a confirmé, et la science l’a entériné. Aujourd’hui, cet « ordre des choses » s’assouplit et se déconstruit au profit d’une plus grande fluidité des rôles, des places et des compétences. »

Il y aurait énormément à dire sur ce type de discours si prisé dans la culture bobo et la mouvance du gender. Mais sous couvert de fluidité, de tolérance, de pluralité, il engage dans une voie qui détourne les garçons et les filles de s’approprier leur sexe, singulièrement dans la phase délicate de l’adolescence. On ne leur rend pas du tout service, alors même qu’on voudrait les bercer de propos lénifiants. La construction de soi n’a pas été inventée par Mme Judith Butler. Elle est de toujours. Mais pour être humanisante et libératrice, elle doit respecter la constitution charnelle des uns et des autres et promouvoir l’apprentissage tranquille des rôles, où le pôle paternel et le pôle maternel constituent les repères fondamentaux de l’aventure humaine. Décidément, ce temps est celui des démagogues et des imposteurs.

Gérard Leclerc

Du côté de Marianne

Lecteur habituel de Marianne, vais-je devoir renoncer à mon magazine du samedi  ? Je me pose la question, parce qu’après lecture du dernier numéro, je me demande encore si je suis bienvenu comme lecteur. Certes, ce n’est pas la première fois que je suis en désaccord formel avec un article de ce journal. J’accepte volontiers la controverse et suis stimulé par l’opposition. Mais là c’est très différent. L’enquête qui m’est proposée sur l’homoparentalité, présentée sous les plus heureux auspices, se moque de mes éventuelles objections. Elle m’exclut par principe dès lors que je n’entre pas dans ses cadres idéologiques. Cadres qui supposent que le monde soit divisé entre homos et hétéros, que l’on parle désormais la novlangue adéquate et que l’on jongle spontanément avec un droit recyclé, où paternité et maternité s’effacent des textes et des têtes. Mais je réalise soudain qu’avant moi, pour intégrer cette belle culture, ce sont d’abord les rédacteurs de Marianne qui vont devoir se recycler sérieusement.

Gérard Leclerc

Déni de réel

Nous le constatons tous les jours, à tout instant. Quand les êtres humains s’éloignent du Réel, ils s’éloignent aussi au bout du compte de l’humain, de ce que sont vraiment les personnes, de l’amour durable et heureux. C’est ce qui est précisément en train de se passer à l’heure actuelle en France avec le projet de loi sur « la proposition du mariage pour tous ceux qui le désirent ». Nos législateurs et gouvernants ont quitté intellectuellement le Réel et s’avancent pour Le gommer sous des prétextes paradoxalement humanistes et corporels. On les entend nous soutenir, avec une franchise confondante, que « L’amour n’a pas de sexe, n’a pas d’âge, n’a pas de frontière, n’a pas de règles, n’a pas d’autre maître que notre subjectivité humaine, nos sentiments, nos intentions individuelles, notre sensibilité, notre sincérité, notre tendresse, le désir de notre partenaire amoureux, etc. ». Mine de rien, ils nient l’existence des quatre « rocs » du Réel sur lesquels notre Humanité se fonde et peut rester concrètement aimante : la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces, et la différence entre Créateur et créature(s). Dans l’idée, ils aiment tout le monde… mais pas leur prochain, là, présent, en chair et en os, nécessairement inégal à nous. Ils défendent la « vie » et la « liberté » sans en reconnaître les limites et le prix. Ils donnent corps à leurs fantasmes bien-intentionnés et à leurs pulsions sous couvert d’un humanisme athée, certes libertaire, sensitif et chargé d’émotions mais peu incarné et peu libre.

C’est cette fuite du Réel qui explique, à mon sens, la violence inouïe du projet de loi du « mariage pour tous ceux qui le désirent » que la France s’apprête à voter les yeux fermés. Une fois passé le joli discours sur les discriminations et la sincérité des couples homosexuels, nous réalisons et devinons tous que le couple homosexuel, aussi possible soit-il, n’est pas, par nature, ancré dans le Réel puisqu’il en éjecte purement et simplement le roc principal : la différence des sexes qui, je le rappelle, est le socle fondamental du Réel humain/humanisant, sans lequel nous ne serions même pas là pour en parler ! Notre société mesure également que la filiation que certains couples homosexuels souhaitant se marier défendent est conjugalement irréelle : l’union homosexuelle, par nature, n’est pas procréative. Par la légalisation du « mariage pour tous », l’adoption, la présomption de paternité, la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et la GPA (Gestation Pour Autrui), ce sont maintenant les trois autres rocs du Réel qui secondaient la différence des sexes – à savoir la différence des générations, des espaces, et Créateur/créature – que nos idéologues-apprentis-sorciers veulent faire sauter. C’est très grave, leur éloignement du Réel, car il nous pousse collectivement vers l’inhumain, l’irraisonné, le désincarné, le manque d’amour, la négation des personnes. Et le rappeler n’est pas alarmiste ni religieux : c’est réaliste ! Il en va de la sauvegarde de l’Amour ! Cet Amour que socialement nous n’aimons plus assez et que nous ne voulons plus reconnaître !

Il est urgent (et il n’est pas trop tard) que nous sortions de nos spéculations sentimentalistes, victimisantes et législatives, pour revenir au Réel et aux personnes qui vont le plus pâtir de ce projet de loi sur le mariage – les enfants, certes, mais avant tout et surtout les personnes homosexuelles, qui sont les « dindons aux plumes roses » de cette farce sérieuse.

Philippe Ariño