Entretien avec Philippe Arino

Philippe Ariño, 32 ans, essayiste de l’homosexualité, catho et homo, créateur du site L’Araignée du Désert. Il vient de publier le 13 octobre 2012 L’homosexualité en vérité, aux éditions Frédéric Aimard.

Pourquoi êtes-vous contre le « mariage homo » ?

Je suis contre le « mariage pour tous » au nom de la Réalité, de la liberté et du respect des personnes homosexuelles. Elles ont un désir particulier, une identité singulière, une couleur, une originalité, un état de vie, une différence qu’il convient de reconnaître et de sauvegarder.
Il n’y a pas à leur imposer un modèle de couple père-mère-(enfant) qui n’est pas le leur, ni à leur matraquer une loi qui ne leur correspond pas, même si on la leur présente comme une superbe cadeau qu’elles sont forcées d’accepter sous peine d’être taxées d’« homophobes »,
de « honteuses » ou de « traîtres » au patriotisme LGBT (Lesbian, Gay, Bi et Trans).

Vous n’avez pas peur de vous mettre à dos tous les membres de votre communauté sexuelle en disant cela ?

Au contraire. Je suis suivi par beaucoup d’amis homosexuels, qui se rendent compte que le mariage ne correspond ni à leur désir profond, ni à leur réalité corporelle et amoureuse.
Jusqu’à une époque encore très récente, à leurs yeux, cette institution, au même titre que la fidélité et les enfants, représentait le pire des carcans bourgeois… avant qu’elle ne devienne avec le temps un symbole crucial de « l’avancée des droits homos vers l’égalité » et une projection identitaire et amoureuse flatteuse. Les personnes homosexuelles se rendent bien compte que ce podium de l’uniformité – nommé poétiquement « Égalité » – vers lequel on les dirige nie leur condition et leur originalité, et va les desservir avec le temps. Je suis loin d’être une voix minoritaire dans la communauté homo ! Trouvez-moi des couples homosexuels solides et vraiment motivés pour se marier. Vous allez galérer ! Ça ne coure pas les rues. Même dans les émissions de télé, les journalistes ont un mal fou à trouver des couples-témoins !

Pourquoi l’amour entre deux personnes de même sexe n’aurait pas droit d’être reconnu socialement ?

Il peut être reconnu et protégé socialement. C’est déjà le cas du PaCS en France. Mais pas par le mariage qui, je le rappelle, est une réalité pas seulement sentimentale et émotionnelle mais aussi biologique, sociale et aimante, qui/que structure d’une part la différence des sexes – que
le couple homosexuel n’intègre pas, à l’évidence – et d’autre part la filiation – que l’union conjugale homosexuelle ne peut pas honorer puisque, par nature, le couple homosexuel n’est pas procréatif. Alors pourquoi faire croire aux personnes homosexuelles, par une étiquette
inappropriée à leur situation, une totale fiction anthropologique et identitaire qu’elles auront du mal à porter sur la durée ? S’il vous plaît, épargnez-nous cette comédie !

L’adoption ouverte aux couples de même sexe vous pose aussi problème ?

Pour les mêmes raisons que pour le mariage. Dès qu’on s’écarte du Réel, on s’éloigne finalement des personnes, des différences et de l’Amour, paradoxalement sous couvert d’ouverture à la différence, de progrès, de solidarité, et de lutte contre les discriminations !
Un enfant, pour se connaître lui-même, se construire avec le goût des différences humaines, a besoin non seulement de grandir dans la différence des sexes, celle dont il est issu, mais aussi

que celle-ci soit couronnée par l’amour entre ses deux parents biologiques. Sinon, il vivra un gros manque existentiel, car je rappelle – et on le voit dans le cas des divorces – que lorsqu’on prive un enfant de l’amour de/dans la différence des sexes, c’est un vrai drame pour lui. Un
drame qui le poursuivra à vie !

Pourquoi dites-vous que la loi du « mariage pour tous » est homophobe ?

Mis à part une poignée de militants homosexuels prêts à jouer pendant quinze minutes à la télé leur rôle de militants agressivement fiers d’être en couple, la plupart des personnes homosexuelles que je connais ne veulent surtout pas se marier. D’autant plus si elles sont en couple durable ! Pour elles, la loi du « mariage pour tous » est un sketch grotesque où on les pousse à singer les couples hétéros. La société bisexuelle et gay friendly donne le mariage aux unions homosexuelles précisément au moment où elle n’y croit plus elle-même et qu’elle considère qu’il ne vaut rien : si ce n’est pas offrir un cadeau pourri aux personnes
homosexuelles, qu’est-ce que c’est ?

Ça fait quand même partie des promesses d’Hollande ?

Vous savez, si toutes les promesses d’un Président de la République étaient tenues ou bien justes, ça se saurait ! Regardez notre président (pas marié) : sa prédiction électorale de la baisse de la TVA, il s’est déjà assis dessus… Pourquoi ne pourrait-il donc pas revenir sur un point de son programme (le n° 31) qui fait, en plus, très peu l’unanimité dans la population française, y compris chez ceux qui avaient voté pour lui ? Un grand président est quelqu’un qui est capable à la fois de tenir avec fermeté certains de ses engagements et de revenir en arrière s’il voit que ses promesses étaient irréalistes et éloignées du bien commun. François Hollande a-t-il la carrure de reconnaître ses torts et de faire machine-arrière ? J’ose encore l’espérer, même s’il devra prendre le risque de résister à certains chantages.

Vous êtes « homo » et « catho » revendiqué. Vous n’avez pas l’impression que votre discours est très religieux, quand même ?

Si. Complètement. Et je ne vois pas pourquoi ça poserait problème. Comme mon discours est un discours de bon sens et proche du Réel, il est logique qu’il sonne « religieux », puisque l’Église catholique est précisément incarnée, au cœur de la vie des êtres humains et soucieuse de leur bonheur.

Si mes mots, sans être théologiques, vous apparaissent comme « catholiques », je le prends donc comme un compliment ! Un catholique pratiquant est ouvert sur l’extérieur, est aussi un citoyen qui porte un regard sur sa société et qui s’y engage. Que son regard soit teinté par la religion, c’est un fait qu’il serait hypocrite de nier.

Et à choisir, je préfère qu’il soit influencé par la foi que par l’individualisme et la culture matérialiste athée. Je préfère aussi que ce soit l’Église catholique qui me donne des repères y compris dans le domaine de la sexualité intime, plutôt que ce soit l’État (et surtout le nôtre,qui ne croit ni en l’amour incarné, ni au vrai mariage) qui s’occupe de mes fesses !